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CGT Educ’Action 69

Les précaires sur le bord des protocoles sanitaires !

Quid de la protection des AESH et AED ?

vendredi 15 mai 2020

Le 3 mai, avec deux jours de retard, le Ministère de l’Education Nationale a publié les protocoles sanitaires des écoles, collèges et lycées. Le protocole final a supprimé un grand nombres de mesures de sécurité prévues dans les premiers projets comme le port obligatoire des masques et la mention de leur distribution le 11 mai. Nous avons déjà exprimé notre contestation face l’ouverture des établissements scolaire à cette date. Non seulement parce que les conditions d’hygiène et de sécurité ne pourront être remplies mais également parce que la seule motivation de notre ministère semble être, sous la pression du MEDEF, le retour des parents au travail.

C’est avec encore plus de consternation que nous constatons que les personnels contractuels de l’Education nationale restent totalement absents des considérations du ministère.



Absolument aucune mention n’est faite concernant le personnel AESH et les classes ULIS. La question de l’accompagnement des enfants en situation de handicap est toujours mise de coté et repoussée à plus tard. Pourtant, il est urgent de traiter cette question le plus rapidement possible. L’accompagnement des enfants en situation de handicap ne peut se faire qu’avec une promiscuité très forte entre l’accompagnant et l’élève. Le handicap recoupe de nombreux besoins (contact physique pour aider aux déplacements, pour accompagner aux toilettes ; pour aider à effectuer tous les gestes d’hygiènes, pour chuchoter et ne pas déranger l’ensemble de la classe …). Au niveau régional aussi, aucune mention n’est faite concernant les personnels AESH. Au CHSCT départemental du 30 avril, toute question les concernant a été repoussée à un groupe de travail dont nous connaissions ni la date, ni les composantes. Un énième groupe de travail a eu lieu également au Sénat. Si la question n’est jamais abordée, c’est justement parce que la situation est irrationnelle. Le ministère sait très bien que son discours est profondément contradictoire : comment prétendre assurer la distanciation physique quand le métier repose sur un lien très étroit ?


Il a fallu attendre un protocole sanitaire « spécial AESH » sorti très tardivement, une fois l’organisation de la rentrée déjà entamée par les établissements scolaires. Par la suite, le rectorat de Lyon a envoyé un mail dans lequel il est clairement demandé aux AESH de reprendre « leur mission d’assistance aux élèves pour faciliter l’accès à l’apprentissage, qui peut s’accomplir dans la majorité des cas en respectant la distanciation physique dans une classe où le nombre d’élèves sera réduit ». Le recteur reconnaît qu’un grand nombre de tâches ne peut se faire à distance de l’élève sans, pour autant, donner des garanties de protections supplémentaires. Seulement nous savons que, malgré ces dires, toutes les missions des AESH ne peuvent se faire à distance. Il est illusoire de penser que la distanciation physique n’affectera pas la qualité de notre travail ou nous permettra de le faire convenablement. Nous ne pourrons plus dicter le cours à l’oreille de l’élève, pendre son cahier et stylo rapidement pour écrire des notes. Dire que la majorité des missions peut se faire à distance est méconnaître la réalité de notre travail.


Cette situation ne doit pas justifier que l’on exige des AESH des tâches hors missions (s’occuper d’élèves non notifiés, faire du ménage, organiser les salles, désinfecter, aide aux devoirs...).


Il est inadmissible que les AESH soient mis dans une situation telle de doute concernant leurs conditions de reprise qui entraîne stress et peur. Pour la CGT Educ’action, la reprise est impossible pour le personnel AESH sans protection adéquate (masques FFP2, blouses, visières de protection, gants…) et formation à leur usage car aucune réflexion supplémentaire ne pourra résoudre le problème de la distanciation. Cette réalité ne pourra être camouflée par des discours hypocrites sur l’école inclusive.


Les actes du ministère restent bien éloignés de ses discours sur l’école inclusive. Il continue de mépriser les personnels AESH, qui sont les acteurs dévoués pour cette mission, et par là même les élèves en besoin d’accompagnement. Les AESH restent en situation de forte précarité (temps partiel imposé payé au salaire minimum, les laissant sous le seuil de pauvreté) et rappelons que l’instauration des PIALs a fortement affecté la qualité et quantité d’accompagnement. Par exemple, entre mars et décembre 2019, le nombre d’élèves notifiés a augmenté de 13% et celui des accompagnements baissé de 15%, dans le Rhône. Entre ces mêmes dates, un AESH a en moyenne, un élève de plus à accompagner, diminuant les heures accordées à chacun. Pour rendre effective l’école inclusive, il est impératif d’accorder plus de moyens à l’accompagnement et de sortir son personnel de la précarité. La réponse n’est pas dans une reprise inorganisée, dont l’ambiance pourrait d’ailleurs accroître le stress chez les élèves les plus fragiles.


Le personnel AESH n’est pas le seul personnel précaire à être laissé en dehors des considérations ministérielles. Rien n’est précisé non plus sur les conditions de reprises des AED. Déjà, nous dénonçons que de trop nombreux établissements aient sollicité de leurs AED un travail démesuré pendant le confinement, les poussant au « volontariat » pour le travail en présentiel ou leur donnant du télé-travail en dehors de leur fiche de poste.


Les protocoles sanitaires ou les réunions CHSCT parlent de distribution de masque pour le personnel enseignant et AESH, sans mentionner les AED, pourtant en contact constant avec les élèves. Nous veillerons à ce que les AED bénéficient du même matériel de sécurité que les autres personnels.



De nombreuses questions se posent quant à l’organisation des inter-cours et du temps de récréation. Certaines règles d’organisation sont évoquées comme le marquage au sol, les temps d’entrée-sortie et de pauses différées, les distances de sécurité dans les couloirs etc… Les élèves devront d’ailleurs rester seuls dans les classe entre deux cours et les directions d’établissement donneront la mission aux AED de faire respecter le calme et la distanciation sociale pendant ce temps. Mission qui peut s’avérer impossible voire inappropriée, la mission des AED n’étant pas celle de se dédoubler pour surveiller les moindres faits et gestes des élèves. Nous devrons également veiller à ce que le flux d’élèves lors des entrées-sorties permettent le respect de la distanciation sociales sans laisser l’AED dans une situation ingérable. Le temps des permanences aura également lieu et devra être soumis aux mêmes règles de désinfection et de nombre maximum d’élève.


Toutes ces règles concernent le temps où les élèves sont sous la responsabilité des AED et il va de soit que le respect de toutes ces mesures ne peut leur incomber à eux seuls. Nous n’accepterons pas que les répercussions du non-respect des mesures sanitaires soient supportées par les AED sans remettre en question la mise en place de ces mesures elles-mêmes.


Déjà, les équipes d’AED sont régulièrement sous tension et en manque d’effectif. Il est difficile d’assurer leur mission avec un nombre d’élèves qui augmente régulièrement. Il n’est pas envisageable compte tenu des équipes actuelles de mettre en place toutes les mesures de sécurité sans risquer une plus forte surcharge de travail.



Pendant la crise actuelle, le personnel précaire n’est pas pris en compte parce qu’il reste trop souvent délaissé par le ministère de l’Education nationale, qui n’en a jamais fait la priorité numéro 1. L’Etat mène une politique qui menace de plus en plus les services publics en privilégiant le recrutement par contrats courts, précarisant son personnel et menaçant le statut des fonctionnaires et la qualité même du service public.

Le service public de l’Education Nationale tourne à l’aide de plus en plus de petites mains précaires, rendues invisibles. Le ministère ne prend même pas la peine de les mentionner dans les directives ou protocoles sanitaire, il préférerait les voir combler les vides en devenant de potentiel variable d’ajustement. Leur statut de précaire renforce la déconsidération de leur travail. En cette période de reprise désorganisée, les travailleurs précaires ne seront pas corvéables à merci et ne feront aucune tâche qui ne correspond pas à leur emploi.

Nous déplorons que l’État consacre ses services au besoin du Medef plutôt qu’au renforcement de la qualité de ses missions et s’enfonce dans une logique mercantiliste en précarisant son personnel. Cette stratégie de l’Etat montre ses limites, dans cette période de crise, où l’ensemble du personnel, et notamment les contractuels, se sent délaissé et dérouté face aux décisions ministérielles irrationnelles.

La CGT Educ’action nous exigeons un revirement radical de la stratégie gouvernementale. Face au mépris du personnel précaire, nous demandons une meilleure prise en considération de leur conditions de travail à la reprise et leur titularisation immédiate.


Pour télécharger le tract :

PDF - 61.6 ko
Communiqué AESH AED


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Photo Bourse du Travail : Art Grafix (Travail personnel) [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons