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CGT Educ’Action 69

CASSE DES LYCEES PRO

Arrêtons d’être pris pour des moutons !

mercredi 13 mai 2009, par Stephane

La réforme des lycée pro est en marche (forcée) avec restructuration du BEP, créations de CAP (en très petite quantité) et BAC pro 3 ans généralisé. La conséquence : les jeunes et leurs enseignants sont sacrifiés.

Le BEP sous sa forme actuelle est supprimé. Il est remplacé par un examen (pas dans toutes les filières, certaines comme l’automobile ont choisie de faire passer un CAP et donc de supprimer le BEP), avec des évaluations qui ne portent que sur des connaissances de l’actuel BEP. Le BEP ou CAP ne sera plus nécessaire pour s’inscrire au bac pro. Dans ce diplôme toute évaluation en langue vivante est absente. La seule évaluation ponctuelle concerne le français, l’histoire géographie, l’éducation civique (fin de seconde professionnelle). Les autres épreuves se dérouleront en CCF (comme les maths) avant la fin du premier semestre de la deuxième année de formation. La valeur de ce diplôme intermédiaire ne sera que symbolique. Certaines disciplines (comme la Construction Mécanique) interviendrons sur ce diplôme mais ne seront pas présentées à l’examen pour certains bacs pro. Les référentiels d’examen sont en cours d’écriture, dans l’urgence évidemment…

Le CAP

Seulement 48% des ouvertures de CAP initialement prévues pour la rentrée prochaine seront ouvertes dans l’académie. Dans le secteur industriel il n’existe que peu de CAP, beaucoup moins que ce qu’il y avait comme BEP et Bac pro. C’est donc un appauvrissement de l’offre de formation pour les élèves. De plus les « passerelles » éventuelles de CAP en BAC pro 3ans n’en sont pas facilitées. La seule possibilité théorique étant l’intégration d’élèves de CAP en deuxième année de BAC pro. Si il y a peu de CAP, il y peu de possibilité de passerelles.

La non-ouverture de CAP, combinée au BAC pro 3ans et à la restructuration du tertiaire fragilise fortement certaines disciplines voire certains établissements (une bonne dizaine d’entre eux sur l’académie sont menacés de fermeture selon le Conseil Régional).

Le BAC pro 3ans

Avec les nouvelles grilles horaires dues à la mise en place précipitée du BAC pro 3 ans généralisé, certaines disciplines comme les arts appliqués perdent une bonne partie de leur volume horaire (54% pour les arts appliqués). Le sort fait à cette discipline en dit long sur les ambitions du gouvernement pour notre jeunesse : Priver la France d’en bas d’une richesse qui aide à réfléchir, à penser le monde autrement. Les inspecteurs de presque toutes les disciplines, actuellement, incitent fortement les collègues de leur discipline à se jeter à corps perdu sur les heures de projet et d’accompagnement/aide personnalisé. Ils justifient ces heures par la pédagogie mais lorsque l’on « gratte » un peu, on s’aperçoit que dans bon nombre de discipline c’est aussi et surtout pour sauver des postes. Ces heures sont piégeuses car elle sont annualisées. Il est plus tentant d’en faire pour sauver son poste que pour des raisons pédagogiques. Mais au final on va se retrouver avec des emplois du temps annualisés et il ne restera plus grand-chose à faire pour casser complètement notre statut. De plus il n’y aura pas des heures pour tout le monde, ce qui veut dire qu’il y aura concurrence entre les disciplines et les collègues pour faire ces heures, diviser pour mieux régner….
 
Autre aspect du Bac pro 3 ans, la nouvelle grille horaire s’appliquera également dès la rentrée prochaine au bac 2ans. Les collègues qui seront confrontés à cette situation seront à peu près livrés à eux mêmes et devront enseigner le même programme qu’auparavant avec juste moins de temps pour le faire !
 
L’épreuve de rattrapage

L’épreuve de rattrapage du bac est applicable dès cet été. La encore c’est ubuesque, les élèves qui auront la moyenne dans les matières professionnelles et qui auront plus de 8 en matières générales (sans avoir malgré tout l’examen) passeront un oral de rattrapage. Cet oral se déroulera autour du 10 juillet, l’élève passera devant un jury (un prof du professionnel, un prof du général) et sera interrogé sur sa période de formation en entreprise (c’est en quelque sorte une soutenance de stage). A l’issue de cet oral l’élève sera rattrapé ou non. Le but, hormis de faire travailler les profs le plus longtemps possible, est bien évidement de donner le Bac au plus grand nombre quitte à dévaloriser le diplôme.

Les stages

La période de stage est de 22 semaines sur la durée du bac pro. Au départ on nous a annoncé 8 semaines en première année, 8 en deuxième et 6 en troisième. Un assouplissement de cette règle est possible puisque les textes laissent décider la répartition des PFMP au C.A d’établissement. Il n’en demeure pas moins qu’il sera très compliqué de placer des élèves en stage, surtout pour les plus jeunes d’entre eux. De plus il est tentant, pour le législateur, de nous faire effectuer d’autres missions que de face à face élève pendant cette période, de décaler les périodes de stage pour « optimiser » les ressources humaines, voire, une fois de plus, de nous annualiser notre temps de travail.

Conséquences sur les postes des enseignants

La réforme de la voie professionnelle laisse sans poste beaucoup de collègues (en tertiaire, productique …), des reconversions/réadaptations se mettent déjà en place (sur la base du volontariat pour l’instant). Le ministère cherche à optimiser la ressource humaine. Il est plus que probable que les compléments de service vont se développer voire se généraliser, peu importe si l’on ne peut pas s’investir pleinement dans son travail lorsque l’on est sur deux ou trois établissements. L’efficacité et le bien être des collègues ne sont pas une priorité.
Le système de compléments de service est opaque. Il est géré par les services techniques (Division de l’Organisation Scolaire) du rectorat avec aucun regard possible de la part des élus paritaires (il n’y a même pas d’information qui circule sur le sujet). C’est une attaque de plus au système paritaire qui dérange nos gouvernants.

Des choix idéologiques ont été faits. Le but, au delà de l’aspect comptable et financier, est de casser un système de formation professionnel qui fonctionnait trop bien pour que le « marché » des formations publiques soit concurrentiel avec une offre privée. L’apprentissage est ainsi appelé à se développer. Plus généralement, ce qui se passe actuellement pour la voie professionnelle est une illustration de ce qui se prépare dans toute l’Education Nationale. Annualisation du temps de travail, casse des statuts et précarisation des enseignants, au final l’Enseignement publique sera incapable de répondre correctement à ses missions et les parents qui auront suffisamment d’argent se tourneront vers le privé. La réforme du lycée, qui n’est pas abandonnée, ne tend elle pas vers cela ? 

Ces dernières semaines les réunions avec les inspecteurs se sont multipliées pour nous faire passer les nouvelles grilles horaires du bac pro 3ans. Mais comment appliquer une nouvelle réforme qui va supprimer dans 3 ans 25 à 36 % de nos postes ?
Il faut arrêter de nous prendre pour des moutons.

Réponses (1)

  • CASSE DES LYCEES PRO 15 mai 2009 14:54, par Eglantine01

    Entièrement d’accord avec tout ce qui est dit dans cet article. Mais a priori tout le monde courbe l’échine. Alors que l’on devrait s’indigner face au démantèlement de l’enseignement professionnel, au contraire on se résigne et chacun essaie de sauver sa peau. On arrivera à rien sans une prise de conscience et une implication totale des enseignants permettant une action d’ampleur contre cette réforme.

    Comme dit le collègue "il faut arrêter de nous prendre pour des moutons" mais ne serions-nous pas plutôt des veaux ?

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Photo Bourse du Travail : Art Grafix (Travail personnel) [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons