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CGT Educ’Action 69

VOIE PROFESSIONNELLE

Nous ne voyons rien venir

vendredi 14 décembre 2012, par Salah M Barek

L’actualité de la voie professionnelle est particulièrement chargée dans cette période. Les répercussions de la réforme, imposée en 2009 contre l’avis d’une majorité des personnels sont aujourd’hui tellement lourdes que les sentiments exprimés par ces mêmes personnels se partagent entre révolte et abattement. A cela s’ajoute une politique qui s’est inscrite dans le cadre d’une réduction drastique de l’emploi public et de la RGPP depuis 5 ans. Tout cela se met en place et s’accompagne d’une volonté de poursuivre la régionalisation de la formation professionnelle au sens large, enseignement initial, sous statut scolaire ou sous statut apprentissage, formation continue, orientation…

Le développement de l’apprentissage, dont les régions ont déjà la maîtrise totale de la carte des formations, reste toujours l’objectif de l’Etat comme celui des Régions. S’il y a inflexion des ambitions affichées (augmentation de 420 000 à 500 000 apprentis au lieu de 800 000), c’est essentiellement parce que l’objectif avancé par Sarkozy, un brin provocateur, était inatteignable en période de crise économique. Le nouveau ministre de l’Education veut développer l’apprentissage au sein même des LP. Cela a été réaffirmé lors de l’audience que la CGTéduc’action a eue mardi matin avec D. Assouline, responsable, au cabinet de V. Peillon, du suivi de la voie professionnelle. De ce point de vue, le lycée des métiers, mis en place il y a un peu plus de dix ans, donne le cadre pour l’existence de cette mixité des publics.

L’arrivée d’une nouvelle majorité parlementaire et d’un nouveau ministre ne traduit aucun changement en ce qui concerne les réformes structurelles de la voie professionnelle, ni en ce qui concerne les objectifs de décentralisation. La réforme du bac pro en 3 ans est maintenue, par certains aspects elle est même amplifiée comme sur la question des stages en entreprise. Après les ateliers de la refondation et les premières négociations, le nouveau ministre a fait des propositions concrètes pour la voie pro. Listons les :

- Diversification des parcours avec un parcours pour le bac pro en 4 ans.

- Diminution des CCF, moitié moins, et mise en place d’un contrôle continu du type DNB en 3è de collège.

- Augmentation de la durée de stage qui passerait de 22 à 24 semaines. Possibilité pour les élèves n’ayant pas obtenu la certification intermédiaire ou désirant poursuivre en BTS de réduire cette période de 3 semaines pendant l’année terminale, soit ramener les PFMP à 21 semaines pour ces élèves.

- Augmentation de 10 % du nombre d’apprentis dans l’Enseignement public. Il est aujourd’hui de 38000.

- Possibilité d’examiner la mise en place d’une seconde de détermination champ production, champ tertiaire.

Soyons clairs, rien de tout cela ne nous va !

Finalement, il n’y aura rien dans la loi d’orientation et de programmation de l’Ecole sur la carte des formations de la formation professionnelle, Vincent Peillon y a renoncé. Tout se trouvera dans l’acte 3 de la décentralisation. Ce n’est pas pour nous rassurer, loin de là. N’en doutons pas, un pas supplémentaire va être franchi même s’il n’y aura pas, dans l’immédiat de bouleversements importants. Tout se met en place progressivement dans une politique de petits pas.

L’annonce d’un parcours en 4 ans, faite par le ministre, est totalement bidon, il n’y a aucune nouveauté. Il s’agit ni plus ni moins que de renforcer le dispositif déjà inscrit dans la réforme du bac pro 3 ans : CAP en 2 ans puis passerelle éventuelle vers le bac pro à partir de la première pro. Ce parcours existe déjà et la seule annonce est celle d’un calibrage différent dans les entrées en CAP à l’issue de la 3e, autour de 25 à 30 % au lieu des 20 % actuels. A cela s’ajoute l’assurance, (mais comment peut-elle être donnée ?) d’une capacité d’accueil suffisante en première pro pour les sortants de CAP. Comment va se faire l’orientation sortie 3e, comment influencer les flux vers les CAP ? Dans les spécialités où il n’y a plus de CAP depuis longtemps, comme le tertiaire administratif (secrétariat, comptabilité, aujourd’hui gestion administration) rien, aucune proposition ! Il s’agit pourtant de la spécialité de baccalauréat professionnel avec le flux le plus important ! On proposerait alors aux élèves, éventuellement, une réorientation vers un CAP si au bout du premier trimestre on se rend compte qu’ils n’y arrivent pas ! Mais quel CAP ? Le CAP qui leur a été refusé en premier voeu (coiffure, esthétique, vente…) et qui fait qu’ils arrivent en bac pro GA par défaut. Ou alors on va leur proposer un CAP industriel ou du bâtiment ? Bonjour la motivation. Tout cela ne tient pas la route.

Si l’on peut entendre que le CAP en 2 ans, suivi de 2 ans dans le bac pro de la spécialité, peut être une possibilité, pour certains élèves, cela n’est vrai que dans les spécialités où le CAP existe. Ce cursus ne peut en rien répondre au constat d’échec des 25 % d’élèves qui quittent le bac pro en cursus et n’obtiennent aucune qualification, même pas celle de niveau V puisqu’il est virtuel dans bien des situations.

Pour la validation des diplômes, la proposition du contrôle continu ne va pas arranger le caractère national des diplômes, c’est le moins que l’on puisse dire ! Il va alléger un peu la charge de travail des collègues, mais c’est tout. La CGTéduc’action a rappelé au conseiller sa volonté de remettre en place des épreuves terminales ponctuelles, indispensables à une reconnaissance nationale. Le DNB, qui comporte depuis plusieurs années du contrôle continu, n’est-il pas validé par la réussite d’épreuves nationales ponctuelles en fin de troisième ?

Sur la durée des PFMP : c’est du grand n’importe quoi ! La proposition est inapplicable et n’a aucun sens. Sauf pour quelques technocrates qui n’ont aucune idée de la gestion d’une classe de bac pro. A moins que tout cela ne serve qu’à une seule chose, à déstabiliser encore plus la scolarité sous statut scolaire en mettant une grande confusion entre les périodes au LP et celles dans l’entreprise si bien que l’alternance sous statut d’apprenti n’apparaîtrait plus alors que comme une variante d’autre rythmes d’alternance. Bonne opération pour la mixité des publics. Nous avons rappelé notre revendication d’une réduction des PFMP à 16 semaines au lieu des 22 semaines actuelles.

A l’évidence, il n’y a pas grand-chose à attendre de discussions à froid avec le ministère dans la voie professionnelle… ailleurs aussi. Les changements que nous voulons ne se feront pas sans une intervention déterminée des personnels.


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Photo Bourse du Travail : Art Grafix (Travail personnel) [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons